septembre 27, 2004
Comment gagner sa vie en misant sur le logiciel libre
J'ai fini par envoyer mon article "Sauver l'industrie européenne du logiciel" à un haut potentat français des technologies de l'information, que je ne puis malheureusement pas nommer ici. Il m'a répondu qu'il était d'accord avec moi, que le mouvement du logiciel libre, c'était vraiment très bien, mais qu'il n'avait pas trouvé de business model qui permette à une grande entreprise du secteur informatique de gagner de l'argent avec ça.
Je lui ai fait la réponse suivante:
"Comment gagner sa vie avec ça?" (...) C'est une question difficile, car dans tout ce qui a trait au mouvement communautaire, on est plus dans le domaine de la gestion de l'innovation que dans un modèle classique client-fournisseur. Il y a de nombreuses parties prenantes, et chacune paye pour ce qui l'intéresse.
Je vois a priori trois sources de revenus dans le cadre du schéma que je vous ai fait parvenir. Par ordre chronologique:
1.Pour la gouvernance du programme: les pouvoirs publics européens. Pour eux, l'alternative est claire. Soit l'Europe a une politique de souveraineté sur les technologies de l'information, soit elle n'en a pas. Si elle en a une, l'organisation d'un mouvement Open Source européen est la seule voie possible pour espérer voir émerger des nouveaux standards de communication qui ne soient pas américains. Si votre entreprise devait se lancer dans cette aventure, il faudrait bien sûr commencer par s'assurer d'un parrainage fort des pouvoirs publics, en particulier de la Commission Européenne, et obtenir le financement associé. Je n'ai pas encore regardé, mais on m'a annoncé des changements de philosophie qui vont dans ce sens pour le 7e PCRD.
2.Pour les services de production logicielle: les grandes entreprises. Pour elles, il s'agit aujourd'hui essentiellement de se débarrasser de leurs équipes informatiques dans une pure logique de baisse de coûts. Ce que je propose, c'est de ne pas limiter l'échange à une négociation de contrat de services en échange d'une reprise de tous les effectifs en surnombre, ce qui est le plus souvent un marché de dupes qui stérilise toute capacité d'innovation. Je leur permettrais, en alternative ou en complément, de contribuer à un portefeuille actifs de projets Open Source stratégiques gérés en commun avec d'autres grandes entreprises. Ainsi, en plus de la voie traditionnelle et brutale de réduction d'effectifs par outsourcing et délocalisation des services, axée sur la productivité, on propose une autre voie de mutualisation des ressources et de partage des coûts, qui maintient intacte les capacités d'anticipation et d'innovation de l'entreprise. Pour le prestataire de services, ce dernier schéma engendre un revenu plus faible, mais les coûts sont beaucoup plus faibles aussi. Pour utiliser une analogie cinématographique -à laquelle je pense que l'industrie du logiciel devra s'habituer-, il se positionne comme producteur et metteur en scène, et il se fait payer (cher) pour cela, mais en aucun cas il n'embauche les acteurs comme les studios dans les années 20. L'opportunité réside dans la passion que peut susciter chez les employés la participation à des projets de développement d'avenir. Le risque, qui me paraît limité, est de ne pas arriver à souder les équipes projets.
3. Pour les services dérivés: toutes les entreprises, y compris les PME. S'il s'agit bien dans le cadre de ce programme de promouvoir et de gérer des projets de logiciel libre, rien ne vous empêche de développer par ailleurs une offre de produits et de services complémentaires, et propriétaires dans certains cas, pour peu que votre politique en matière de propriété intellectuelle soit claire. Il m'apparaît que les logiciels professionnels se scindent actuellement en deux mondes: D'un côté les outils personnels ou de petit groupe, de plus en plus innovants et puissants, élus par les utilisateurs eux-mêmes, qui ne proviennent que du monde de l'Open Source ou de chez Microsoft; De l'autre les outils d'entreprise à la SAP, choisis par des dirigeants, et qui ne proposent au fond qu'une seule valeur d'usage fondamentale pour eux: le contrôle. Il y aura beaucoup d'argent à gagner pour les sociétés high tech qui auront compris comment "domestiquer" les produits logiciels de productivité personnelle qui naissent en permanence sur le terreau expérimental de l'Open Source pour les mettre au service d'une grande organisation. Dans le monde du travail collaboratif, c'est très clair: On parle de moins en moins d'intégration des applications (logique industrielle d'automatisation de process) et de plus en plus d'intégration des contenus (logique post-industrielle de circulation contrôlée des connaissances).
Mais je suis d'accord avec vous: il n'y a pas d'argent facile à la clé. Je ne sais même pas si l'Europe est capable de relever ce défi majeur de souveraineté. Ce que je prone est en fait semblable en plus gros au modèle de la société SixApart, qui est en train de lever 10 millions de dollars en venture capital pour continuer à développer son offre de logiciels et de services de weblogs (MovableType et TypePad). Le ticket d'entrée est élevé. Il a fallu donner gratuitement le logiciel, organiser la communauté associée et vivre de donations pendant trois ans avant d'atteindre la taille critique de quelques centaines de milliers d'utilisateurs convaincus. Et ce n'est qu'au bout de ces trois ans que les fondateurs de Six Apart ont pu franchir le pas de la société commerciale, vendre leur logiciel et lever des fonds pour prendre le marché. Leur stratégie de fourmi leur a certes donné une sacrée longueur d'avance, et leur produit est admirable, mais ça reste une stratégie de fourmi. Quel dirigeant de grande entreprise en Europe est prêt à la tenter?
Posted by mrouldug at 09:56 PM | Comments (5)
septembre 21, 2004
Le KM est mort, vive l'intelligence économique!
A propos de l'interview d'Alain Juillet dans le 01.net du 18 Juin dernier (tout un symbole!).la gestion des connaissances a disparu au profit du concept d'Intelligence Economique définie comme:
la maîtrise et la protection de l'information stratégique qui donne la possibilité au chef d'entreprise d'optimiser sa décisionL'article présente une démarche totalement axée sur la sécurité des systèmes d'information et sur leur maîtrise par les dirigeants.
C'est important, sans aucun doute, mais c'est voir l'économie de la connaissance par le petit bout de la lorgnette. La technologie est celle du 21e siècle, mais les mentalités restent bien ancrées dans l'ère industrielle. Tout est pensé en matière de contrôle des flux d'information par les dirigeants, comme si c'est cela qui allait permettre aux entreprises françaises d'être innovantes et de gagner.
Encore un effort, Messieurs! Tant que vous ne vous serez pas attaqués au modèle même de la concentration du pouvoir et de la centralisation de la chaîne de commandement, tant que vous ne verrez dans la technologie qu'un moyen d'attaquer l'ennemi et de contrôler vos troupes, vous serez en retard d'une guerre et vous n'y arriverez pas.
Le monde dans lequel nous vivons est en recomposition rapide. Ce n'est plus le vôtre. Vous pensez encore que seuls les chefs ont le droit de savoir, de penser et de décider, et que le rôle des subordonnés est de leur "remonter l'info", en toute confidentialité. Nous pensons que leur rôle est d'abord d'organiser des réseaux de confiance au plus près du terrain, et de donner un sens à l'action commune par leur engagement clair et visible au service du bien commun. Nous pensons que c'est d'abord sur la confiance et sur les personnes que doit se porter l'effort, et non pas d'abord sur le contrôle et sur les documents.
Et ne vous y trompez pas: c'est beaucoup plus difficile!
Posted by mrouldug at 05:18 PM | Comments (5)
septembre 05, 2004
Et voilà le weblog en français!
Je suis très content d'être arrivé à faire un upgrade de ma version de MT, et d'ouvrir ENFIN un weblog en français. C'est là que je mettrai très prochaînement les premiers chapîtres de mon livre que j'ai commencé cet été, et dont le titre est:
"Le prix de la confiance"
Si je l'écris en anglais un jour, je ferai la pige à Tom Peters en l'appelant "In search of trust"
Posted by mrouldug at 07:00 PM | Comments (1)