septembre 21, 2004

Le KM est mort, vive l'intelligence économique!

Posted at 17:18 in Intelligence économique.

A propos de l'interview d'Alain Juillet dans le 01.net du 18 Juin dernier (tout un symbole!).la gestion des connaissances a disparu au profit du concept d'Intelligence Economique définie comme:

la maîtrise et la protection de l'information stratégique qui donne la possibilité au chef d'entreprise d'optimiser sa décision
L'article présente une démarche totalement axée sur la sécurité des systèmes d'information et sur leur maîtrise par les dirigeants.

C'est important, sans aucun doute, mais c'est voir l'économie de la connaissance par le petit bout de la lorgnette. La technologie est celle du 21e siècle, mais les mentalités restent bien ancrées dans l'ère industrielle. Tout est pensé en matière de contrôle des flux d'information par les dirigeants, comme si c'est cela qui allait permettre aux entreprises françaises d'être innovantes et de gagner.

Encore un effort, Messieurs! Tant que vous ne vous serez pas attaqués au modèle même de la concentration du pouvoir et de la centralisation de la chaîne de commandement, tant que vous ne verrez dans la technologie qu'un moyen d'attaquer l'ennemi et de contrôler vos troupes, vous serez en retard d'une guerre et vous n'y arriverez pas.

Le monde dans lequel nous vivons est en recomposition rapide. Ce n'est plus le vôtre. Vous pensez encore que seuls les chefs ont le droit de savoir, de penser et de décider, et que le rôle des subordonnés est de leur "remonter l'info", en toute confidentialité. Nous pensons que leur rôle est d'abord d'organiser des réseaux de confiance au plus près du terrain, et de donner un sens à l'action commune par leur engagement clair et visible au service du bien commun. Nous pensons que c'est d'abord sur la confiance et sur les personnes que doit se porter l'effort, et non pas d'abord sur le contrôle et sur les documents.

Et ne vous y trompez pas: c'est beaucoup plus difficile!

Comments

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Martin,
je suis tout à fait d'accord avec votre point de vue! Depuis le temps, au CERAM Sophia Antipolis, que nous essayons de faire passer le message dans nos travaux et notre Mastère Spécialisé que l'Intelligence Economique et le Knowledge Management sont deux processus complémentaires...ça ne donne pas le moral! Il est vrai que les egos des dirigeants et la notion de pouvoir (voir les travaux de Crozier et de Mintzberg) expliquent bien des choses en matière de rétention d'information. Pour autant, je suis persuadé que les jeunes générations ont compris que les outils n'étaient que des facilitateurs pour se créer un réseau de collègues et non un moyen de centraliser une information non utilisée (donc sans valeur). Bref, il faut avant tout réfléchir en terme de flux et d'échange plutôt qu'en terme de stock en matière d'IE. Que je sache, ce n'est pas parce qu'on produit un article ou un rapport qu'il est forcément lu et qu'il entraine une prise de décision. Certains raisonnent encore et toujours selon des idées dépassées dans notre monde contemporain...pourtant Herbert Simon nous mettait en garde il y a plus de 40 ans en soulignant que la ressource rare n'est pas l'information mais la capacité à la traiter.

Posted by: Alex at septembre 22, 2004 10:22 PM

Nous sommes bien d'accord. Cela dit, j'ai appris depuis que l'"intelligence économique" n'était plus très bien vue par les pouvoir publics, et que ce dossier était généralement considéré comme un échec. Il faut donc tout reprendre à zéro.

Je suis pour ma part un peu désabusé. Je constate que seuls quelques grands patrons qui n'avaient plus rien à prouver ont engagé leur entreprise dans cette aventure "KM" de l'enseignement et du renseignement, pour la préparer à faire face aux enjeux de l'avenir. Les autres se contentent de recettes traditionnelles et de conciliabules à huis clos au moment où les problèmes se présentent, c'est-à-dire trop tard.

Le KM ne se vend pas. Il n'y a pas de marché pour cela. Le "Knowledge Officer", c'est l'éminence grise du patron. Celui qui organise son service de renseignement ne peut être que l'un de ses très proches. Quand on se fait appeler par un middle manager pour le faire, il vaut mieux fuir car c'est une perte de temps.

Reste le terrain: Les employés qui se mettent spontanément en réseau grâce aux technologies modernes. Cela, j'y crois. Mais c'est un marché d'outils à bas prix ou gratuits. C'est le business model de Microsoft ou de l'Open Source.

Posted by: Martin at octobre 3, 2004 09:25 AM

Larry Pruzac dans un discours en 2001 déclarait que le KM n'était pas une affaire "top-down", ni technologique. Voir
http://www.creatingthe21stcentury.org/Larry1-enemies&enablers.html

Il place les humains au centre : donnez-leur du temps, de l'espace et les outils et ils font échanger leur connaissance.

Mais est-ce que les entreprises sont assez patientes? hum...

Quelques extraits sur un de mes billets: http://zeroseconde.blogspot.com/2004/10/larry-pruzak-sur-le-partage-des.html

Posted by: Martin Lessard at octobre 13, 2004 01:30 PM

Je crois surtout que l'on a cantonné le KM aux outils technos. Grave erreur. Les consultants ont assimilé KM et SI, management des connaissances et management d'information. Très grave erreur. On ne transmet pas une connaissance en se connectant à un intranet. On communique des informations. Ce qui est différent, voire totalement différent. Il y a connaissance s'il y a création de sens et apprentissage.
Quant à Prusak, ses récents papiers sur les "knowledge market" sont très intéressants car ils permettent de comprendre les mécanismes de partage (confiance, pouvoir, etc...).
Pour l'IE, Martin, je ne sais pas si le concept est mort pour l'instant mais tout ce que je sais c'est que cela va prendre du temps pour sensibiliser les personnes qui doivent l'être...qui vivra verra!

Posted by: Alex at octobre 22, 2004 10:48 PM

Ce que Pruzak m'a fait comprendre et que je ne vois pas ailleurs, c'est que le partage des connaissances est un processus passif. On ne peut "activement" gérer la connaissance. On ne peut que mettre en place un climat, des outils, des gens, des opportunités pour faciliter le partage de la connaissance.

Le Knowledge manager ne "manage" rien. Il est "l'ergonome" ou "l'architecte" qui va faire en sorte que l'endroit et le moment soient féconds pour que la connaissance se transmette.

Posted by: Martin Lessard at novembre 13, 2004 04:22 AM

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