octobre 13, 2004
Compte-Rendu du KM Forum - 7e édition
Je sors à l'instant du KM Forum, où je suis passé hier et aujourd'hui pour assister à quelques conférences et participer à une table ronde organisée par mon ami Richard Collin de l'iKM.
En deux mots,
- la nouveauté dans l'expo était la présence de Six Apart et Loïc Lemeur et l'intérêt qu'il a suscité
- la présentation qui m'a le plus intéressé a été celle du pôle Productique de la région Rhône-Alpes.
- le document que j'ai trouvé le plus intéressant est le livre blanc de KnowledgeConsult sur les outils du KM.
Mais je n'ai pas tout vu.
Exposants
- Six Apart présent pour la première fois et beaucoup de monde sur le stand;
- L'incontournable Knowings va prendre en compte les liens RSS/XML et envisage de permettre l'interfaçage avec d'autres outils de collaboration;
- KnowledgeBoard lance son nouveau service Expert Locator
Conférences
Beaucoup d’études de cas, j’en ai trouvé peu de convaincantes pour moi, car la majorité témoignaient d’expériences très récentes, non prouvées par l’expérience. Aegis et IBM ont parlé assez classiquement de « gestion du changement » (Communiquer, Impliquer etc.) ; la CCI de Paris a présenté son portail de connaissances TOSCA sur technologie Autonomy ; la CCI de Grenoble présenté le projet EcoBiz. Tout cela est très bien, mais qui vivra verra…
Je suis en revanche beaucoup plus critique sur la démarche d’Intelligence Economique de Gaz de France / Intelleco, dans laquelle je vois l’archétype du modèle "soviétique" de la gestion des connaissances au seul profit des dirigeants, que je commentais dans un billet précédent, et que je crois vouée à l’échec. J’ai entendu des phrases comme « les équipes ne sont pas là pour faire des recommandations au management mais pour proposer des choix », ou « les employés ont aussi pour rôle de donner une culture générale aux patrons ». Tout cela me fait bondir. Non, non et non. Un comité de direction n’est pas un restaurant où on propose un menu aux chefs et où on enregistre leur commande, mais un Etat-Major où les dirigeants prennent des décisions difficiles après avoir écouté leurs conseillers. Les équipes doivent donc savoir faire des recommandations qui tiennent la route et les dirigeants doivent savoir les écouter, puis décider en conscience. C’est ça l’objectif du KM : pousser tout le monde vers le haut, pas courtiser des dirigeants médiocres en leur faisant croire que leurs décisions seront plus faciles à prendre, en leur proposant des «alternatives».
Parmi ces études de cas plus convaincantes, citons:
1- Celle du pôle productique de la région Rhône-Alpes. Stéphanie Parot et Farida Thali ont présenté un programme de déploiement d’un réseau de 17 communautés de pratique actives, et nous ont présenté quelques principes de gouvernance intéressants : la charte de participation, le code de bonne conduite, le lien avec la veille. Et ça a l’air de marcher.
2- La présentation par Christophe Amirault du Crédit Agricole du déploiement à vitesse record de l’outil de collaboration e-Room - déployé à l'origine au Crédit Lyonnais par Unilog - pour servir d’environnement de travail collaboratif pour les 300 working groups (2500 personnes !) mis en place dans le cadre du rapprochement Crédit Agricole – Crédit Lyonnais. Quelques points ont retenu mon attention comme l’importance du précédent HP-Compaq dans le choix de la technologie e-Room, l’impressionnant programme de formation de 500 personnes en direct à l’utilisation de l’outil, l’attention méticuleuse apportée à la sécurité et aux processus d’habilitation et de déshabilitation pour protéger une information hyper-confidentielle et le grain de sable que représentait la diffusion d’un plug-in pour le client e-Room. Un superbe cas de logistique « militaire ».
3- Le cerveau humain, présentation par le professeur Jeannerod de l’Académie des Sciences, auteur du cerveau intime, nous a donné la possibilité d'établir quelques analogies entre l’architecture du cerveau(anatomique, fonctionnelle et cognitive) et l’architecture topologique des réseaux d’apprenants. On apprend ainsi que dans le cerveau, seules les quatres aires primaires sensorielles en relation avec le monde extérieur sont spécialisées, alors que les 48 aires associatives sont multifonctionnelles et fonctionnent en réseau. Par ailleurs, les émotions, via la chimie de l’affectif, jouent un rôle clé en intervenant dans la transformation de l’information, notamment en favorisant ou en inhibant la mémorisation. Deux idées m’ont particulièrement marqué. D’une part celle selon laquelle ce sont les émotions (via les neuromédiateurs chimiques) qui transforment la pensée en action (je simplifie) ; d’autre part celle selon laquelle la métaphore utilisée pour décrire le fonctionnement du cerveau a toujours été celui de la machine la plus sophistiquée de son époque: de l’hydraulique du temps de Descartes à l’internet aujourd’hui.
4- celle de Jean-Yves Prax de Polia Consulting, qui a présenté un cycle de vie de la connaissance en y associant des structures sociales appropriées : la génération d’idées dans les communautés d’intérêt, la pratique et les essais-erreurs dans les communautés de pratique, le savoir-faire subordonnées aux tâches (« conduite à tenir ») dans les équipes projet, les connaissances validées et normées dans les structures fonctionnelles etc.
La fin de la boucle qui associe la connaissance d’expert aux communautés d’apprentissage, ainsi que l’association de chaque étape avec des technologies-type apparaît plus hardie. Quant au portail comme lieu virtuel de rassemblement de toutes les technologies de KM accompagnant le cycle de vie de la connaissance, je n’y crois pas personnellement, à moins bien entendu qu’il ne s’agisse de mon portail personnel et pas celui de l’entreprise qui m’emploie.
5- celle du professeur Klaus North de la FachhochschuleWiesbaden et de la Gesellschaft für Wissensmanagement qui travaille notamment avec Siemens, a présenté une approche très pragmatique du KM. J’ai bien aimé la prise en compte du comportement de partage des conaissances dans l’entretien annuel des employés, ainsi que less trois questions de base de l‘analyse stratégique des connaissances et des compétences:
- Quelles compétences attendent de nous nos clients dans les trois prochaines années ? Que devons-nos faire pour consolider ces compétences ?
- Que faisons-nous de mieux que la concurrence ? Comment pouvons-nous consolider ces points forts ?
- Que font nos concurrents mieux que nous ? Quelle conséquences pouvons-nous en tirer ?
C’est simple et direct…
En synthèse, je dirais que le "KM" en tant que tel ne m'apparit plus comme un thème vendeur. La mode est passée. Pour un dirigeant d’entreprise, le « knowledge management », c’est devenu ringard, et l’« intelligence économique » le sera vraisemblablement devenu aussi dès l’année prochaine. Les concepts de base, mal compris, ont trop souvent été récupérés par des vendeurs de soupe qui ont jeté le discrédit sur ces mots. Maintenant, il s’agit sans doute pour les consultants de repérer quelques enjeux stratégiques majeurs du monde de l’entreprise ou des pouvoirs publics qui soient aussi des enjeux de connaissance et de se spécialiser là-dedans. Ils feront du vrai KM sans le dire et tout le monde sera content. Toute l’astuce consistera à trouver des enjeux suffisamment importants -et surtout suffisamment urgents- pour les décideurs pour qu’il y ait un marché derrière.
Il y a pas mal de thèmes d’intérêt pour les politiques qui ont une composante KM évidente (l’éducation, l’emploi, le coût de la santé…). Il y en a aussi pas mal qui peuvent intéresser des dirigeants d’entreprise qui voient loin, ce qui implique qu’ils aient arrêté la course au pouvoir qu’ils soient bien installés dans leur fonction. Pour les autres, à part les plans sociaux et les rapprochements d’entreprise, où les approches KM pourraient aider à garder les meilleurs, je ne vois pas.
Comments
Martin,
Je partage complètement votre point de vue sur le marché du KM. Je crois que ce concept a été tellement mal vendu par les consultants et les instituts de recherche (Forrester, Gartner) qu'il n'est pas nécessaire de s'acharner avec ce terme. Du coup, je ne vais plus dans ces forums, c'est dommage. (heureusement que vous y allez pour moi, grâce à vous je sais ce qui s'y passe!). Le thème est beaucoup plus dynamique dans le monde académique que dans dans le monde professionel...mais jusque quand ? who knows ?
Quant à Gaz de France, je connais un peu de la Direction de la Recherche pour y avoir réaliser une étude sur le KM, je n'ai rien à ajouter à votre constat ;-) "outdated" management !!!
PS: j'ai mis quelques contributions sur mon blog qui peuvent vous intéresser.
Posted by: Alex at octobre 22, 2004 10:51 PM
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