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novembre 28, 2004
Pourquoi réfléchir seul?
Dans le journal du Management, cet extrait de l'article consacré au très intéressant essai d'Olivier Zara "Le Management de l'Intelligence Collective
Une réflexion collective peut donc aboutir à une décision stupide, de même qu'une réflexion individuelle peut aboutir à une décision géniale. Ce n'est pas parce que c'est collaboratif que ce sera intelligent. Mais si ce n'est pas collaboratif, il y a un risque que ça ne soit pas intelligent!Je connais bien des dirigeants à l'ego développé qui sont d'accord avec la première phrase. Ce sont ceux qui attendent de leurs subordonnés qu'ils leur "remontent l'info" et leur "proposent des alternatives", et font appel à des sociétés comme Intelleco pour leur programme d'intelligence économique (cf conférence du KM Forum). Ils sont en revanche moins d'accord avec la deuxième phrase, qui évoque dans leur esprit la méprisable "recherche de consensus", pratique chronophage de manager hésitant et sans envergure. Comme le Faust de Goethe -"Im Anfang war die Tat"-, ils ont le culte de l'action, et se méfient des instances de réflexion qui ne sont pas à leur service. C'est pourquoi ils aiment tant les consultants.
Pour ma part, j'échangerais bien dans cette deuxième phrase le mot "intelligent" par le mot "opérationnel". Les dirigeants d'entreprise sont plus sensible à la rapidité de l'action qu'à la pertinence de la réflexion. C'est ce qui les distingue des penseurs et des intellectuels. Or il m'apparait précisément que le premier effet de la réflexion collective n'est pas tant d'engendrer de bonnes idées que de rassembler autour de l'action future. Ce n'est pas pour se décharger du poids de la décision que le bon manager fait réfléchir ses subordonnés, mais bien pour rechercher une décision qui rassemble les énergies plutôt qu'elle ne les disperse, et donc vise bien avant tout la rapidité d'exécution. C'est bien comme ça que Carlos Ghosn a sauvé Nissan. Et c'est bien cette philosophie qui sous-tend le programme KM du groupe de communication Ogilvy, qui a choisi pour slogan: "Why Think Alone?" (très bon!)
Posted by mrouldug at 06:26 PM | Comments (1)
novembre 24, 2004
De l'utilisation des espaces de collaboration asynchrone pour animer des communautés de pratique

Après deux ans d'expérience sur les outils de collaboration asynchrones à la IBM Quickplace, Microsoft SharePoint et tutti quanti, j'en suis arrivé à l'idée que ces espaces de collaboration passent par trois étapes d'adoption:
Stade 1- Au départ, il n'y a qu'une personne qui travaille vraiment dessus, les autres n'y allant de temps à autre que pour consulter. Cela peut durer longtemps (jusqu'à un an), et il faut être conscient que, durant cette période, Il existe un rôle de ouebmestre/scribe à part entière. Les autres membres doivent être formés à l'utilisation de l'outil bien sur, mais surtout pour qu'ils en comprennent bien l'esprit et le mode de fonctionnement. On doit être conscients qu'ils resteront en retrait dans leur immense majorité, à l'exception des jeunes qui ont grandi avec l'Internet et de quelques techno-enthousiastes dans mon genre, que les américains appellent les "immigrants du digital". Les autres (70% d'après les stats) restent des technophobes, que les américains appellent les "analogiques"
Stade 2- Plus tard, lorsqu'on commence à avoir une masse critique d'informations utiles et bien agencées sur l'espace, il devient dans l'esprit de tous le lieu de référence de la communauté, à condition toutefois que le ouebmestre se soit astreint à la discipline de construire un site à l'image des activités de la communauté, et qu'il ait résisté à la tentation de le faire à son image à lui. C'est un peu comme dans le livre de la Genèse: il faut résister au démon du moi! C'est difficile, car on est souvent tenté d'utiliser l'outil pour imposer ses propres vues (documents importants, navigation, classement etc.), avec pour résultat possible le rejet du site par les autres membres, en tant qu'il n'est plus le reflet de la communauté, mais seulement de l'un de ses membres.
Stade 3 - Enfin, à partir du moment où les membres de la communauté ont réllement adopté l'espace comme le leur et se mettent à désirer y laisser leur trace. C'est à ce moment-là que la formation généralisée à son utilisation devient importante. C'est aussi à ce moment qu'on peut commencer à travailler sur les graphismes et les logos.
La leçon de tout cela, c'est que le leader d'une communauté de pratique a grand intérêt à être secondé par un ouebmestre s'il ne veut pas être débordé. Cet assistant est en queque sorte à l'ère de l'Internet ce que le scribe était aux Egyptiens. D'où la photo.
Posted by mrouldug at 11:17 AM | Comments (2)
novembre 04, 2004
Réflexion après enquête sur le KM
Je viens de répondre à une enquête de l'IAE d'Aix sur le KM. A la fin de l'enquête, il y avait une invitation à répondre à une de mes propres interrogations, et voici ce que j'ai écrit:
Une question qui me travaille est celle du KM en tant que marché de produits et de services pour les entreprises. Il y a indubitablement un vrai savoir-faire et de vraies compétences KM, car ce n'est pas simple du tout. Il y a par ailleurs un marché pour les outils KM (les moteurs de recherche et les "social software tools" pour faire simple). Mais y a-t-il pour autant un marché de services de KM? Pour ma part, je doute de plus en plus que la "gestion des connaissances" soit un marché en tant que tel, car nous, les "knowledge managers" nous attaquons en fait à la problématique beaucoup plus vaste de la "gestion des entreprises à l'ère de la connaissance". C'est en fin de compte plus une question d'éducation et de sensibilité à l'économie des réseaux sociaux, indispensable pour savoir bien se servir des nouvelles technologies.C'est tout le paradoxe de mon métier actuel.Le "Knowledge Officer" expert des outils et méthodes du KM est sans nul doute en passe de devenir indispensable dans toute grande entreprise. A-t-il un avenir professionnel pour autant? Oui s'il est au PDG de son entreprise ce que le père Joseph était à Richelieu, c'est-à-dire l'"Eminence grise". Sinon? Il risque fort d'être perçu comme un dangereux dissident dans la bureaucratie du parti, et un bon candidat à la prochaine charette.
Posted by mrouldug at 06:46 PM | Comments (4)