mai 20, 2006

Pour une nouvelle gouvernance des systèmes d'information

Posted at 20:42 in Charte KM.

La dernière réunion CoP-1 à Sophia-Antipolis, où il était question de ce qu'on appelait jadis "e-learning" me fait beaucoup réfléchir. Il est fascinant de voir la collaboration en réseau via des outils logiciels se mettre en place de partout dans les grandes organisations suivant deux modes dominants:

  • Le mode dirigé (pour les autres): Une équipe avec un budget et une mission adopte une démarche très structurée d'architecte du réseau social, et déploie la démarche étape par étape afin que l'organisation s'approprie progressivement un changement voulu par le commanditaire. Le risque d'échec est le manque d'appropriation, comme le rejet d'une greffe

  • Le mode spontané (pour soi): Un groupe de personnes de l'organisation partageant des intérêts ou des objectifs communs négocie un mode de collaboration particulier faisant appel aux technologies nouvelles de communication sociale. Le risque d'échec est le morcellement et la perte d'identité, comme les plantes d'un terrain vague.

Le problème est que ces deux modes ont tendance à s'ignorer mutuellement, ce qui est source de conflits qui peuvent être graves pour la cohésion sociale des organisations, et par là même pour leur capacité d'adaptation et d'innovation.

Il existe pourtant un troisième mode...

On pourrait l'appeler mode parrainé. C'est un mode un peu intermédiaire entre les deux: Une équipe reçoit la mission d'observer les modes de collaboration d'une organisation sous l'autorité du commanditaire, et de mettre en place l'environnement qui va canaliser le mode spontané dans le sens de l'intérêt commun.

C'est une approche d'aménagement du territoire: On dissocie d'une part le véhicule d'échange d'information entre les personnes, dont le choix sera délégué aux différents groupes de la population, et d'autre part la voirie sociale qu'il emprunte, qui relève de l'autorité du commanditaire. Une autre analogie est celle du jardinier, qui plante, taille, émonde, arrache les mauvaises herbes, mais qui laisse les plantes germer et pousser à leur rythme.

Concrètement, cela signifie:


  • établir des normes pour les logiciels et infrastructures

  • certifier les outils de l'organisation par rapport à ces normes

  • établir des règles d'utilisation des systèmes d'information

  • vérifier que ces règles sont bien observées

  • intervenir en cas de transgression, avec l'exclusion comme dernier recours

En termes de gouvernance, cela signifie que le commanditaire s'arroge un droit de surveillance sur les modes de collaboration, en échange d'une éfficacité acrue de la collaboration. C'est une forme de contrat social.

L'essentiel de l'activité de cette équipe porte sur les métadonnées, les standards d'échange, le sens des mots... Elle peut dans certains cas prendre position par rapport au choix des outils de collaboration, mais ce n'est pas essentiel. Ce qui la justifie, c'est d'assurer la meilleure "vectorisation" possible de l'information au sein de l'organisation, afin qu'elle parvienne immédiatement là où on en a besoin, et pas ailleurs.

Imaginons la suite. Je vois assez bien un monde où toute personne appartiendrait à de multiples organisations, chacune ayant ses propres lois concernant la circulation de l'information - Il y en a toujours, quoi qu'on dise.-Imaginons donc le membre d'une organisation, par exemple une entreprise, qui décide d'ouvrir un espace virtuel pour collaborer avec d'autres personnes.

Si c'est dans le cadre de son travail, il en notifierait l'équipe de gouvernance du système d'information, ce qui est bien rarement fait. La première tâche de cette équipe de gouvernance serait de s'informer des tenants et aboutissants de la création de cet espace et de délivrer ou non une autorisation. Elle devrait aussi proposer les bons outils, certifiés du double point de vue de la sécurité de l'information - ce que tout le monde comprend - et de l'efficacité du traitement de l'information - ce qu'on comprend moins - par le respect des standards d'échange, des métadonnées, et plus généralement des processus de structuration de l'information normalisés par l'organisation. Elle pourrait aussi imposer le recours à des services d'accompagnement tiers, pour s'assurer de la bonne utilisation de ces outils. A minima, si on veut être le moins interventionniste possible, son action consisterait à indexer les bases de données associées à cet espace de collaboration par le moteur de recherche de l'équipe de gouvernance des SI.

Si en revanche cet espace de collaboration n'est pas lié au travail de l'organisation, alors non seulement son ouverture devrait être exempte de toute déclaration préalable à la gouvernance des systèmes d'information, mais encore, son indexation par les outils de recherche de l'organisation devrait être rigoureusement interdite.

Le vide réglementaire sur la gouvernance des systèmes d'information des entreprises est à combler au plus vite dans ce sens.

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