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6 janvier 2007

La résistance au changement pendant la guerre de 14-18

Je m'aperçois avec beaucoup de soulagement que les problèmes de résistance au changement auxquels je me heurte en permanence ne sont pas d'hier, et que les plus grands s'y sont cassés les dents. Je suis en train de lire La chair et l'acier: l'armée française et l'invention de la guerre moderne (1914-1918) un livre absolument passionnant et malheureusement épuisé, et qui montre incidemment que l'innovation pendant la guerre de 14-18 était plutôt plus de notre côté que de celui des Allemands, grâce notamment au général Pétain et au colonel Estienne, à qui nous devons beaucoup.

Il est piquant de lire la lettre du général de Castelnau au général Guillaumat après qu'on lui ait imposé de renforcer l'instruction des soldats, désormais considérée comme le facteur d'efficacité essentiel de l'armée française:

Prenez garde, vous êtes sur le point d'aller trop loin au GQG... Que l'on ait mis un frein à nos iimpatiences offensives, que l'on veuille doter nos troupes de de tout ce dont elles ont besoin pour vaincre, que l'on exige de leurs chefs une meilleure initiation technique, parfait! Mais ne transformez pas l'armée en champ de pédagogie. ne nous préparez ni trop de professeurs ni trop d'élèves. laisser plus à faire aux chefs de corps, qui sont les vrais instructeurs de leurs cadres et de leurs hommes. Ne désorganisez pas les bataillons et les régiments par des incessants et trop nombreux prélèvements d'effectifs.
C'est presque exactement la critique qui nous est faite, à nous, promoteurs de l'entreprise apprenante et fonctionnant en réseau. Nous serions des "intellectuels" qui sapent les fondements de l'autorité en introduisant des modes de travail consensuels et chronophages, alors qu'on ferait bien mieux de laisser les chefs faire leur boulôt.

Mais malgré tout, c'est Pétain qui avait raison et Castelnau qui avait tort. Nous avons gagné la guerre de 14 car nous avons, nous Français, su apprendre plus vite que les Allemands à tirer parti des innovations techniques les plus importantes du moment, à savoir les chars, les avions et la radio. Les Allemands ont de leur côté trop misé sur la puissance de feu et les armes chimiques.

Il a eu en France en 14-18 quelques hommes de foi et d'imagination pour secouer les inerties, et nous leur devons à la fois la victoire et la réduction des pertes en vie humaines. C'est de tels hommes que nous avons besoin aujourd'hui pour tirer parti de ces innovations-clés, que constituent les technologies de communication sociale.

Posted by mrouldug at 19h12 | Comments (0) | TrackBack